Je me méfie des restaurants à thème comme de la peste : la plupart virent au McDo de Disneyland, cheap et toc, où le décor sert d'excuse à une cuisine qui ne suit pas. Alors quand Kodawari a ouvert son troisième bol parisien, l'Ueno, je suis venue les bras croisés, prête à râler. Je suis repartie convertie.
Kodawari, l'obsession du détail (par un ancien pilote de chasse)
Kodawari, c'est devenu une petite machine, et derrière, un drôle de parcours. Jean-Baptiste Meusnier, le fondateur, a passé seize ans à piloter des avions de chasse puis de ligne avant de tout plaquer pour le ramen, après des voyages répétés au Japon depuis 2009. Le nom dit déjà tout : « kodawari », en japonais, désigne l'obstination, la méticulosité poussée au détail près. La rigueur du cockpit appliquée au bol.
Le principe de la maison n'est pas dans le bouillon, il est dans l'immersion. Chaque adresse rejoue un décor japonais à l'identique : la ruelle Yokocho en 2016, le marché aux poissons de Tsukiji en 2019, et désormais la gare d'Ueno en 2026. Pâtes et wontons faits maison, et un soin du décor qui frôle la maniaquerie.
Ueno : une gare de Tokyo sous les Petits Champs
On pousse la porte du 31 rue des Petits Champs et on n'est plus dans le 1er arrondissement : on est sous les voies d'Ueno, une des grandes gares de Tokyo. Les sons de quai, la fumée qui s'échappe du plafond, le comptoir qui tremble et les lumières qui vacillent pour simuler le passage d'un train : tout y est, jusque dans les toilettes. Là où d'habitude je lève les yeux au ciel, ici je n'ai rien trouvé à redire. C'est du travail d'orfèvre, pas un fond vert.
Dans le bol : le canard du Périgord
La spécialité de l'Ueno, c'est le canard. Un canard du Périgord mariné à la sauce soja, pané sel et poivre, fumé, puis déposé sur le ramen : un goût si particulier que j'ai demandé en cuisine comment ils le préparaient, et on a pris le temps de m'expliquer. Service au top, et nous étions trois, unanimes. Autant je gueule quand c'est de l'arnaque, autant je le dis quand c'est bon : là, c'est bon.
Le bémol : la file d'attente en ligne
Un seul point noir, et il compte : il faut s'inscrire sur une file d'attente en ligne, qui nous annonçait 2h45 (on a patienté environ 1h30). À ne pas tenter pressé ni le ventre vide. Mon conseil : inscrivez-vous, puis allez boire un verre pas trop loin en attendant qu'on vous appelle.

Kodawari Ramen (Ueno)
Le ramen au canard du Périgord, dans une reconstitution bluffante d'une gare de Tokyo. Note du Carnet : 4,4 sur 5.
31 rue des Petits Champs, 75001 Paris
Pas envie de faire la queue ? Deux bols japonais
Si la file vous décourage, deux valeurs sûres du répertoire pour un bon bol sans le décor son et lumière : Gyogyo Ramen, dans le 2e, pour un ramen qui tient la route, et Abri Soba, spécialiste des nouilles de sarrasin. Deux adresses où l'on mange japonais sans réserver son après-midi.
Le mot de la fin
Je suis venue pour prendre un restaurant à thème en flagrant délit de fainéantise, je suis repartie en ayant déjà prévu ma prochaine visite. Kodawari Ueno, c'est la preuve qu'un décor peut être sérieux quand la cuisine l'est autant. Reste juste à dénicher le créneau pour affronter la file.
