Cette semaine, un carnet de route en quatre temps : une escale à moins d'une heure de Paris, un coup de cœur qui vaut le voyage jusqu'à Marseille, un savoir-faire que je passe au crible, et trois adresses de vacances à emporter dans vos valises. Bon voyage, même immobile.
Au menu cette semaine
La destination : Meaux, capitale du brie
Le coup de cœur : Grenat, la cuisine au feu de bois à Marseille
Au microscope : le canard pékinois vient d'Irlande
À emporter : trois adresses de vacances au pif
La destination : Meaux, capitale du brie
À 25 minutes de la Gare de l'Est en Transilien P, ou à vélo par la voie verte du canal de l'Ourcq pour les mollets vaillants, Meaux fait une escale de vacances idéale sans quitter l'Île-de-France. On y vient d'abord pour le fromage, forcément, mais la ville a plus d'un tour dans son sac.
La cathédrale Saint-Étienne, gothique et joliment bancale (une seule tour achevée), abrite le tombeau de Bossuet, l'Aigle de Meaux, évêque et prédicateur du Grand Siècle. À ses pieds, le Jardin Bossuet aligne ses buis à la française le long des remparts. Et sur les hauteurs, le Musée de la Grande Guerre, le plus grand d'Europe sur 14-18 avec plus de 70 000 pièces, vaut à lui seul le déplacement.
Mais le vrai trésor, c'est le frometon. Direction la Maison du Brie de Meaux, face à la cathédrale, pour le parcours qui raconte le fromage de la traite à l'affinage, dégustation à la clé. Un vendredi ou un dimanche matin, le marché vous tend le brie au meilleur prix, directement chez les producteurs. Repartez aussi avec un pot de moutarde de Meaux Pommery.
Le brie a même sa garde rapprochée : la Confrérie des Compagnons du Brie de Meaux, fondée en 1991, qui intronise en grande pompe les défenseurs du vrai brie au lait cru (AOC depuis 1980, AOP depuis 2009). Un jour de chapitre, vous ne les raterez pas : robe couleur croûte de brie, doublure bleu roi qui se dévoile quand ils lèvent le bras, et une coiffe en forme de brie de Meaux posée sur la tête. On peut trouver ça folklorique. Moi je trouve ça chouette : défendre un fromage au lait cru contre les copies pasteurisées, ça mérite bien de se visser un claquos sur le crâne.
Le coup de cœur : Grenat, la flamme à Marseille

Cap au sud pour ceux qui ont cédé au charme marseillais. Rue Grignan, à deux pas du Vieux-Port, il y a une table où j'ai mangé trois fois, et où j'ai envoyé tous les gourmands qui me demandaient un conseil dans la cité phocéenne : Grenat met absolument tout le monde d'accord, avec braises et flamme pour seuls outils.
Mon rituel : manger au bar, sur la petite place, pile devant la cheminée. Ça m'a coûté une bonne suée et offert le privilège de rentrer parfumée, mais pour un spectacle encore plus exclusif, celui de faire presque partie des murs de la cuisine. Aux fourneaux, il y a un passionné, un bosseur fou, le chef Neil Mahatsry (passé chez Gordon Ramsay et Hélène Darroze à Londres, avec Antoine Joannier en salle), qui met un travail colossal au service d'une seule chose : l'émotion dans l'assiette.
Poisson, viande, la carte mue au gré des saisons : une cuisse de canard fermier rôtie à la flamme, un agneau de lait pressé, une daurade snackée. Les herbes et micro-pousses descendent du potager sur le toit. Deux façons d'y aller : la formule accessible le midi, ou le menu dégustation pour les grands soirs. Vous m'en direz des merveilles.
Grenat : 57 rue Grignan, 13006 Marseille.
Au microscope : le canard pékinois vient d'Irlande
Je vous écris justement d'Irlande. Tout commence dans un pub, en pleine campagne : quelle n'a pas été ma surprise de trouver du canard pékinois à la carte des spécialités ! J'ai évidemment goûté : exquis. Alors je me suis renseignée.
Ce canard laqué qui pend aux vitrines de Chinatown ne vient ni de Pékin ni de Chine : il vient du comté de Monaghan, en Irlande. À Emyvale, la ferme Silver Hill élève depuis 1962 sa propre race, développée à partir de six bêtes par la famille Steele. Résultat : 98 à 99% des canards laqués de Gerrard Street, l'artère de Chinatown à Londres, sortent de cette ferme irlandaise, et ça dure depuis quarante ans. Les chefs l'appellent la mère de tous les canards ; la maison exporte aujourd'hui dans 28 pays.
Le hic, parce qu'il y en a un : en creusant à peine, on apprend que c'est tout de même de l'élevage intensif. Selon le cahier des charges, ce n'est pas classé comme de la maltraitance animale (sans blague). Mais avec l'éveil des consciences actuel, on est assez informés pour savoir que ce ne sont sûrement pas des conditions acceptables, et on se passera peut-être d'y participer (premier et dernier donc pour ma part). Je voulais quand même vous en parler, parce que c'est spécial, un canard pékinois qui vient d'Irlande.
À emporter : trois adresses de vacances
Trois adresses que je gardais pour moi, jamais partagées ici, à glisser dans vos valises si la route vous y mène.
Krug - Split, Croatie. La toute première étoile Michelin de la ville (guide Croatie 2025). Un comptoir d'une douzaine de couverts face à la cuisine ouverte, un menu en neuf temps, méditerranéen et pointu, à deux pas du front de mer.
Leclère - Montpellier, France. La cuisine d'arrivage du chef Guillaume Leclère, une étoile Michelin : il cuisine ce que la criée et les maraîchers du coin lui envoient le matin même. Poisson de Méditerranée, veau des Pyrénées, tout en circuit court, dressé sous vos yeux à la cuisine ouverte.
La Cova Fumada - Barcelone, Espagne. Dans la Barceloneta, la gargote où est née la bomba (ouverte en 1944, inventée par la grand-mère María). On y va pour ça : la croquette de pomme de terre farcie, sauce piquante, dans le brouhaha du quartier, tout près du marché.

