Cette semaine, je lève le voile sur le joli petit mot « artisanal » qui vous coûte 4 euros la boule gonflée à l'air. Je vous emmène ensuite à une heure de Paris pour un risotto qui me hante, et je vous glisse enfin l'adresse du deux-étoiles le moins cher de France.
L'addition : 1 glace « artisanale » sur 8 n'en est pas une
428. C'est le nombre de points de vente que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) est allée renifler de près, partout en France, lors de son enquête sur les glaces. Verdict national : un peu moins d'une glace « artisanale » sur huit ne l'est pas. Le mot est joli, il fait grimper le prix de la boule et il ne veut, légalement, pas dire grand-chose : n'importe quelle enseigne peut le tartiner sur sa devanture pendant qu'à l'arrière on touille un « mix », cette poudre à laquelle il suffit d'ajouter de l'eau pour obtenir une glace sans jamais avoir cassé un œuf.
Car la vraie, celle qui mérite son nom, se fait avec du lait entier, des œufs, du sucre, de la crème fraîche, et rien d'autre. La contrefaçon, elle, se reconnaît à quelques signes simples : une carte à rallonge qui ne bouge pas d'une saison à l'autre, des couleurs fluo (une vraie pistache tire plutôt sur le kaki terne, pas sur le vert fluo), et une texture mousseuse parce qu'on a soufflé de l'air dans le bac pour vous vendre du vide au poids de la crème. Vous payez 3, 4, parfois 5 euros la boule, avec le sourire de qui croit soutenir un artisan.
Le cornet à la main tout l'été, je fais le tri pour vous. Mes glaciers préférés à Paris, ceux qui turbinent vraiment leur base et assument une pistache moche mais honnête, je vous les donne tous ici.
Coup de coeur : l'Auberge du Prieuré Normand
À une petite heure de Paris, du côté de Gasny dans l'Eure, il y a un risotto de langoustines qui me hante. Crémeux comme il faut, les langoustines juste saisies, ce grain de riz qui garde encore un souffle de mâche : c'est la première chose qu'on me sert quand je pousse la porte de l'Auberge du Prieuré Normand, et c'est la première chose dont je reparle en repartant. Autour, une cuisine qui ne joue pas la montre : le foie gras est fait maison, les viandes en sauce ont mijoté le temps qu'il fallait et pas cinq minutes de moins, les desserts sont classiques et assumés, sans « revisite » ni mousse d'azote pour cacher la misère. On mange comme on mangeait avant qu'on décide que bien manger devait forcément ressembler à une performance.
Le décor suit la même logique : une auberge de campagne dans son jus, poutres apparentes, cheminée, nappes blanches, deux salles, une cave et un patio quand il fait beau. Rien n'a été « repensé par un studio de design », et c'est précisément le repos. Les patrons tiennent la maison comme on reçoit chez soi, avec l'idée simple que vous repartiez calé et content. Les menus tournent entre une trentaine et une cinquantaine d'euros, avec une formule déjeuner autour de 24 euros pour ceux qui passent en coup de vent.
Un mot pour les puristes : on est en Normandie, donc le calvados entre deux services se glisse volontiers, et je ne vais pas vous en dissuader. C'est l'adresse que je dégaine quand je veux m'asseoir loin du bruit, manger vrai, et me rappeler qu'à une heure du périph il reste des maisons qui font simplement bien leur métier, sans avoir besoin de le crier.

L'Auberge du Prieuré Normand
L'échappée normande à une heure de Paris : risotto de langoustines, foie gras maison et viandes en sauce, dans une auberge dans son jus.
1 place de la République, 27620 Gasny
Au microscope : Alliance, le deux-étoiles le moins cher de France
Il y a des gens que la haute gastronomie fait fuir avant même la porte franchie. Le silence feutré, le sommelier qui vous jauge, la carte sans prix qu'on tend à Monsieur et pas à Madame, et l'addition qui tombe comme un redressement fiscal. On se convainc que ce monde-là n'est pas pour nous, et on n'y met jamais les pieds.
Chez Alliance, rue de Poissy dans le 5e, il existe une brèche dans ce mur, pour la joyeuse somme de 49 euros. C'est la Table Mystère, servie le midi et seulement le midi : on vous installe à une grande tablée commune, jusqu'à douze convives qui ne se connaissent pas, et on vous sert un menu que vous ne choisissez pas. Amuse-bouches, entrée, plat, dessert, mignardises, vins en supplément si vous le souhaitez (à prix doux). Vous ne savez pas ce qui arrive, et c'est tout l'intérêt : quand on ne choisit rien, on ne peut pas se tromper. Le trac de la carte qui vous fait transpirer devant quinze intitulés de pirouettes sur leur lit de cacahuètes s'évapore.
Car la maison joue bel et bien dans la cour des grands. Alliance a décroché sa deuxième étoile Michelin en mars 2026, et le chef Toshitaka Omiya y tient une ligne à rebours de l'esbroufe ambiante : le produit et la cuisson d'abord, les pincettes et la mousse d'azote jamais. On y mange pour de vrai, ce qui, dans un paysage saturé d'assiettes « expérientielles » où l'on ressort en ayant plus réfléchi que déjeuné, se remarque tout de suite.
Le menu régulier du midi tourne entre 95 et 135 euros, et la grande cuisine commence là, soyons honnêtes. La Table Mystère à 49 euros, c'est le sas d'entrée, la version « pour voir », celle que je réserve à quelqu'un qui n'a jamais osé et à qui je veux prouver que la haute gastronomie peut régaler le plus grand nombre.
Un détail qui vous évitera de gober une couleuvre : la Table Mystère se réserve, elle part vite, et elle n'existe qu'au déjeuner. Inutile de débarquer un soir en espérant tomber dessus, vous repartiriez le ventre vide.

Alliance - La Table Mystère
La Table Mystère, 49 euros le midi : la porte d'entrée la moins chère vers un deux-étoiles, à une grande tablée commune.
5 rue de Poissy, 75005 Paris
À emporter : 3 refuges d'été
Le Comptoir Général
Un bar-jungle caché au bord du canal Saint-Martin, pour l'apéro quand la ville cuit.
84 quai de Jemmapes, 75010 Paris

Taco Mesa
Les vrais tacos mexicains de la cheffe Beatriz Gonzalez, frais et bien piquants, loin du Tex-Mex gras.
40 rue du Faubourg Poissonnière, 75010 Paris

Lao Siam
L'institution thaï de Belleville, plats parfumés et herbes à la pelle.
49 rue de Belleville, 75019 Paris
Le mot de la fin
Que vous mettiez quatre euros dans une boule ou quarante-neuf dans un deux-étoiles, la seule question qui vaille reste la même : est-ce qu'on vous sert quelque chose de vrai. Le reste, c'est du foisonnement.

