Ce document n'existera nulle part ailleurs. Pas en story, pas en caption, pas en interview. C'est le fond de ma pensée sur comment marche vraiment l'influence food. Sans filtre, sans calcul, sans la moindre envie de ménager qui que ce soit. Si tu lis ça, c'est parce que tu as pris le temps de répondre à mon questionnaire. Je te dois la vérité. La voilà.
ps : Toutes les bonnes adresses que je valide, je les mets sur www.lecarnet.app
Et ma légitimité dans tout ça ?
Je ne suis pas critique gastronomique. Et alors ?
François-Régis Gaudry a fait Sciences Po. François Simon est passé par le journalisme littéraire. Ni l'un ni l'autre n'a suivi de formation de critique culinaire. Leur légitimité, ils l'ont construite année après année, à force de rencontrer des chefs, de goûter des assiettes, d'en parler, de les comparer, de se tromper parfois, d'affiner leur regard. Ce sont des experts d'expérience. Pas de diplôme. D'accumulation.
C'est exactement ce que je travaille à construire, religieusement, depuis cinq ans. Plusieurs restaurants par semaine. Des centaines de repas payés de ma poche. Et depuis quelque temps, je consigne tout dans un carnet selon des critères précis : le produit, la technique, la cohérence de l'assiette, le rapport qualité-prix, le service. C'est de là qu'est née la plateforme www.lecarnet.app. Pas une idée de startup. Une nécessité.
Je m'efforce de vous épargner les remarques aussi instructives qu'originales du type « miam c'est bon », « qu'est-ce que c'est régressif » ou « c'est un petit nuage ». Ce travail est difficile. Il est d'autant plus difficile qu'en tant que femme, on n'est par définition pas prise au sérieux. On commente votre physique avant votre avis. On questionne votre palais avant votre légitimité. On attend que vous fassiez une erreur pour la souligner, là où on pardonnerait facilement à quelqu'un d'autre. Donc non, je n'ai pas de carte de presse. Mais j'ai cinq ans de travail sérieux, un regard construit, et l'honnêteté de vous dire exactement ce que je pense. C'est déjà plus que beaucoup.
Les invitations gratuites : ce que ça change vraiment sur un avis
La question que je me suis posée dès le début : est-ce qu'on peut vraiment être honnête quand quelqu'un t'a nourri ? La réponse courte, c'est non.
Pas parce que les gens sont malhonnêtes. La plupart ne le sont pas. Mais la psychologie du cadeau crée une dette invisible, et cette dette se paie en notes gonflées, en défauts minimisés, en qualités cherchées là où elles ne sont pas franchement évidentes. Quand un restaurant t'invite, tu n'es plus un client. Tu es un invité. Le chef est peut-être sorti te saluer. On t'attendait. Ça change tout dans ta lecture de l'expérience, même si tu jures que non.
Moi j'ai fait le choix de tout payer. Chaque addition que je règle est un investissement dans la seule chose qui m'intéresse dans ce métier : la crédibilité de mon regard. C'est pas idéologique. C'est pragmatique.
La mafia food parisienne : mythe ou réalité ?
La réponse qu'on veut entendre : oui, il existe une réunion secrète de la congrégation des influvoleurs, avec un ordre du jour et un dress code.
La réalité, c'est à la fois plus banal et plus mesquin que ça. Il y a des cercles informels, des groupes WhatsApp, des événements presse où tout le monde se retrouve et fait semblant d'être surpris de se croiser. Mais la vraie dynamique, ce n'est pas la concertation. C'est la compétition. Tout le monde veut être le premier sur l'info et sur le deal. Une adresse testée et publiée, on peut en parler. Avant ? Chacun garde ses bons plans pour lui.
J'ai appris ça à mes dépens. J'ai mentionné une petite adresse qui venait d'ouvrir à côté de chez moi à quelqu'un croisé dans un événement. La semaine d'après, c'était sur son compte. Ça m'apprendra.
Donc non, pas de complot. Juste des gens qui se sourient, tendent l'oreille et rentrent chez eux avec leurs infos bien au chaud. Ce qui explique pourquoi je ne parle de rien à personne avant d'avoir publié, et pourquoi je préfère découvrir les adresses seule, sans passer par des réseaux où l'info a toujours un prix.
Comment marche une collab food de A à Z : ce qu'on ne te dit jamais
Qui contacte qui ? Je ne parle que pour moi. Quand je travaillais encore sur le modèle de l'influence, je ne contactais jamais les restaurateurs. C'était toujours l'inverse. Aujourd'hui il m'arrive de les appeler, mais pour une raison différente : parce que j'ai envie de raconter leur histoire. Le champion du monde de la bouillabaisse, le champion du monde de torréfaction de café, aucun intérêt financier derrière. L'objectif, c'était de vous montrer ce qu'on ne voit pas.
En revanche, je reçois tous les jours des dizaines de sollicitations de restaurants qui demandent mes tarifs ou m'invitent à des inaugurations auxquelles je ne réponds plus. La vérité, c'est que quand tu as une vraie audience, tu n'as pas besoin d'aller chercher le contrat. Il vient tout seul.
Il faut aussi comprendre la logique des agences. Une campagne typique ressemble à ça : Nespresso propose 5 000 euros pour une vidéo recette, une vidéo machine, une story, un lien en bio. Tout se négocie ligne par ligne. C'est pour ça que vous voyez tant d'influenceurs food se mettre soudainement à faire des recettes. Ce n'est pas une passion tardive pour la cuisine maison. C'est que Magimix paye bien.
Pour être concrète, quand je travaillais à 100% sur ce modèle, ce qui n'est plus du tout le cas depuis 2026, je le martèle, je gagnais environ 10 000 € bruts par mois. J'y ai renoncé. Parce que je m'ennuyais, et parce que j'avais l'impression de faire de la publicité plutôt que de raconter des histoires. Ça ne m'intéressait plus. J'ai la chance d'avoir une formation qui me permet de gagner de l'argent autrement. Ce n'est pas le cas de tout le monde, et c'est précisément ce qui rend ce milieu si difficile à quitter.
Ce que personne ne dit vraiment : les mieux rémunérés ne sont pas forcément les plus talentueux. Ce sont les mieux conseillés, les mieux entourés, et souvent les plus favorisés socio-économiquement à la base. Des petits créateurs avec des statistiques en or signent des deals à 200 € en cédant tous leurs droits d'image pour deux ans. Le marché de l'influence reproduit exactement les mêmes inégalités que le marché du travail classique. Avec moins de transparence et zéro convention collective.
Comment repérer un contenu sponsorisé même sans hashtag
Dans la vraie vie, c'est plus simple qu'on ne le pense.
Premier signal : dans la même semaine, cinq comptes différents te parlent du même « super bon plan ». Ce n'est pas une coïncidence. C'est un brief de relations presse qui est tombé.
Deuxième signal : les plans dans les cuisines. Aucun client lambda ne se retrouve à filmer la plonge pour ses besoins éditoriaux personnels. Si ces images existent, le restaurant a ouvert ses portes, et ce n'est pas un hasard.
Le signal le plus sous-estimé : l'invitation elle-même. Beaucoup de créateurs considèrent que si ils n'ont pas été payés en cash, ce n'est pas vraiment une collaboration. Sauf que ne pas payer son repas, c'est recevoir un paiement en nature. Que la loi oblige à déclarer. Et qui crée exactement le même biais qu'un chèque.
Fait maison ou industriel : comment le détecter sans entrer en cuisine
Je vais au restaurant incognito, je paie mon addition, je n'ai pas accès aux cuisines. Mais il y a suffisamment d'indices visibles pour se faire une idée assez précise.
L'origine de la viande, d'abord. Quand elle n'est pas précisée sur la carte, c'est rarement bon signe. Quand c'est de la qualité, on le met en avant, bœuf d'Aubrac, agneau de tel élevage, porc plein air. L'absence d'information est une information.
La vitesse de service ensuite. Un plat qui arrive en trois minutes pour une table entière, ça ne sort pas d'une cuisine qui travaille à la commande. Ça se ressent.
Et puis il y a la question au serveur. La plupart du temps, ils sont honnêtes. Quand l'un d'eux ne sait pas, c'est généralement que ce n'est pas fait maison, parce que quand ça l'est, c'est la première chose qu'on vous dit. Le personnel est au courant. Et fier de le dire.
Les restos Instagram vs la réalité
Les agences n'invitent pas les créateurs par générosité. Ces événements gratuits sont le premier maillon d'une chaîne commerciale : tu viens à l'ouverture, tu postes, et quelques semaines plus tard la même agence te rappelle pour un vrai contrat payant. Le gratuit d'aujourd'hui est le levier de négociation de demain. Tout le monde le sait. Personne ne le dit.
Il y a aussi une dynamique plus silencieuse : les petits créateurs cherchent à se coller aux gros, pas par amitié, par contamination algorithmique. Être dans la même story qu'un compte à 500K, ça s'attrape. Donc tout le monde y va, les gros pour entretenir leurs relations agences, les petits pour attraper un peu du buzz.
Résultat : une adresse peut être sur recommandée par vingt comptes pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la qualité de l'assiette. Quand j'y vais trois mois après en client anonyme, je vois souvent l'écart.
Ce que je n'ai jamais posté et pourquoi
Il y a des adresses décevantes que je n'ai pas postées. Pas par complaisance. Par choix humain. Un chef que je connais depuis des années qui traverse une période difficile. Un restaurant de quartier bancal dont le patron vient de perdre un collaborateur clé. Des situations où le mal potentiel dépassait l'utilité du contenu.
Mais il y a l'autre côté. Je me fais régulièrement accuser de « détruire » des restaurants. La réalité, c'est que ceux que j'épingle sont les grosses machines à sous qui vendent du réchauffé derrière une belle vitrine marketing. L'ironie, c'est qu'une vidéo négative sur un grand groupe n'affecte en rien leur business. La comm' de masse l'emporte toujours. Donc je ne détruis rien. Je donne juste mon avis honnête dans un écosystème où l'honnêteté est rare, et c'est manifestement suffisant pour déranger.
La réalité du milieu en cuisine
C'est la thématique la plus opaque pour moi : je ne suis pas cheffe, je n'ai jamais travaillé en cuisine. Mais le constat revient souvent dans les conversations, c'est un milieu encore très dur, très masculin, où la violence verbale, et parfois physique, n'a pas disparu. Ce n'est plus un secret depuis que des affaires ont éclaté publiquement, en France comme à l'étranger. Noma, Jean Imbert, d'autres. La parole se libère, lentement. Il reste beaucoup de chemin à faire.
L'image idyllique du chef passionné entouré d'une brigade soudée ne reflète pas toujours ce qui se passe derrière les portes battantes.
Hygiène de vie : la réalité du métier
J'ai la chance de ne pas souffrir de troubles du comportement alimentaire. Ce n'est pas le cas de tout le monde dans ce milieu. Travailler dans l'influence food, c'est s'exposer physiquement au regard des autres en permanence, et ça peut avoir des conséquences réelles sur le rapport à la nourriture et au corps. C'est une des raisons pour lesquelles vous ne verrez jamais mon visage sur ce compte. Mes mains, les assiettes, les adresses. C'est tout.
Sur la surconsommation : quand j'acceptais des invitations, il arrivait qu'on nous serve l'intégralité de la carte. Ce que je faisais systématiquement, c'est prendre des doggy bags, pour des personnes sans-abri en sortant, pour mes repas suivants, pour partager. Aujourd'hui ce n'est plus un sujet : je mange à ma faim et je rentre. Plus d'excès. Plus de gaspillage.
Les faux avis Google : mon regard
Les signaux d'alerte sont lisibles : un établissement avec des milliers d'avis dont une majorité vient de profils qui n'ont jamais posté ailleurs, ce sont des bots. Et ça se voit. J'ai arrêté de me fier aux notes Google depuis longtemps.
Le meilleur avis reste celui d'un ami qui t'envoie un message parce qu'il a eu un vrai coup de cœur. C'est subjectif. Mais c'est humain. Et in fine, le seul avis qui compte vraiment, c'est celui qu'on se fait soi-même en mangeant.
Mon modèle économique : comment je vis sans partenariat restaurant
J'ai la chance d'avoir des études qui me permettent de gagner de l'argent sans dépendre de l'influence. Ça me donne le temps de construire un modèle sans conflit d'intérêt. Les restaurants, je les paie avec mon propre argent. Plusieurs milliers d'euros par an. C'est un investissement réel, c'est un choix, et je ne m'en plains pas.
Je ne suis pas contre les partenariats par idéologie. Je suis contre ceux qui créent un biais sur ce que je vous dis. La nuance est importante. Je travaille avec TGV Inoui, qui me laisse une carte blanche totale pour parler des terroirs gastronomiques accessibles via leurs lignes, comme je l'ai fait avec le Croisic. Ils paient le billet et la visibilité de leur service. Ils ne paient pas pour mon avis sur une assiette.
Instagram ne me rapporte rien directement. Pas d'affiliation, pas de lien sponsorisé, pas de commission. Ce que ce compte m'apporte, c'est une crédibilité et une communauté que je ne monnayerai pas. Est ce que ce modèle est viable pour tout le monde ? Non. Mais il me permet de vous dire ce que je pense vraiment. Et ça, ça n'a pas de prix.
Ce que je pense vraiment des classements et des guides
C'est Michelin qui m'a donné le goût de la gastronomie. Je le dis sans ironie. Mais aujourd'hui je trouve qu'il avance lentement, avec une grammaire culinaire encore très codifiée qui valorise toujours le même type de cuisine.
Le 50 Best, c'est du réseau autant que de la gastronomie. Les votants voyagent dans un circuit fermé et se recommandent mutuellement des adresses. C'est un club. Pas un classement absolu.
Les petits guides « indépendants » : sachez qu'ils font tous, sans exception, payer les établissements pour apparaître. C'est de la publicité avec une couverture cartonnée. Les seuls guides que je respecte sont tenus par des gens qui paient eux-mêmes, reçoivent rien, et publient des avis nuancés sans s'en excuser. Ils sont rares.
Quelques adresses que je valide
Puisque c'est tout ce qui compte, du concret : trois adresses de mon répertoire, payées de ma poche, que je recommande sans arrière-pensée.

Via del Campo
Une trattoria de quartier près du Champ-de-Mars, produits italiens et cuisine sincère. Le genre d'adresse que je valide sans qu'on m'ait invitée.
22 rue du Champ de Mars, 75007 Paris

Krishna Bhavan
Cantine indienne végétarienne à Montmartre, généreuse et honnête. Rien à voir avec un plan com : juste bon, et pas cher.
2 rue Dancourt, 75018 Paris

Dumbo
À Pigalle, le smash burger qui a mis tout le monde d'accord. Pas un coup marketing, une vraie adresse de quartier.
64 rue Jean-Baptiste Pigalle, 75009 Paris
L'indépendance totale, ce n'est pas une posture. C'est la seule façon d'avoir un regard qui vaille quelque chose. Quand personne ne me doit rien et que je ne dois rien à personne, ce que je dis est vrai. C'est tout ce qui m'importe. Merci d'avoir lu jusqu'ici. Ce document existe parce que vous existez.

